Affichage des articles dont le libellé est Coupry François. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Coupry François. Afficher tous les articles

dimanche 19 mars 2023

Fonte brute de Sofronis Sofroniou

Sofronis Sofroniou, Fonte brute, traduit du grec (Chypre) par Nicolas Pailler, éd. Zulma, février 2023, 368 p.


Le pitch est alléchant, le lecteur va entrer dans une histoire aux échos néo-fictionnaires et bolañesques à la fois. Sofroniou imagine que les hommes et les femmes, après leur mort, disposent d’une sorte de bonus : ils ont à nouveau 20 ans, et se retrouvent sur une planète nommée Petite Vie pour une dizaine d’années. Mais ce bonus, ou ce sursis, est assorti d’une mission à mener à bien. Le narrateur est un joueur d’échecs new-yorkais qui annonce dès la première page du roman : « Le jour où l’on m’a tiré dessus, j’allais sur mes soixante-six ans ; aujourd’hui j’en ai vingt-neuf. » Il ne lui reste donc plus qu’un an à vivre dans sa deuxième vie, et quelques mois pour se dépatouiller de la mission qu’on lui a confiée. Quelle mission ? Reconstituer le roman d’un certain Robert Krauss.

Car la base du roman, c’est la mémoire. Sur Petite Vie, il s’agit de reconstituer, stocker et préserver, toute la mémoire du monde. Voilà un thème qui interroge nos attitudes, nos angoisses, notre monde contemporain. Qu’est-ce que la mémoire ? Un simple archivage ? Pas dans ce roman. La mémoire, ici, est mise en perspective, elle est une composante de la chair et de la corporéité, de l’esprit et de sa capacité d’oubli, elle ne se manifeste qu’au travers des humains et n’a rien à voir avec un quelconque cloud ou une entreprise muséale.

Le narrateur, au seuil de sa seconde disparition, revient sur le parcours de ses neuf années de sursis, et livre un récit halluciné. La quatrième de couverture évoque l’univers de Lynch et les mondes de Jules Verne, les références en fin d’ouvrage soulignent des hommages rendus, entre autres, à Proust, à Kafka, ou à La Jetée de Chris Marker. J’y ai, pour ma part, retrouvé un climat à la Blas de Roblès et un grand carnaval labyrinthique et allusif à la François Coupry, deux auteurs que Sofroniou n’a sans doute pas lus, mais qui me sont familiers. Fonte brute, c’est de l’imaginaire foisonnant sur un rythme endiablé. Le vertige né du retour, pour tous, à l’âge de vingt ans, est diabolique. Les mémoires de tous ces corps redevenus jeunes ne sont pas semblables, et c’est bien de leur synthèse – celle des mémoires – qu’il est question. Sans oublier la question centrale de tout parcours humain, l’amour. 

Font brute n’est pas un roman facile à lire. Il faut accepter de jouer le jeu que nous propose l’auteur. Souvenons-nous que le narrateur était joueur d’échecs. Le lecteur est ici dans une partie à plusieurs dimensions, et il navigue sur des échiquiers enchevêtrés plus que superposés. De la quête première de la seconde vie donnée sur Petite Vie, de la mission confiée au narrateur – reconstituer le texte de Robert Krauss – nous ne dirons pas ici à quel pourcentage elle a été accomplie. Mais le fait même de parler de pourcentage est un indice de la contemporanéité du roman de Sofroniou. A l’ère de Chat GPT, du cloud et du transhumanisme, l’une des dernières phrases du roman résonne et raisonne à la manière antique : « Voici pourquoi nul mortel ne doit compter sur l’indulgence des dieux s’il atteint des jours auxquels il n’était pas promis. »



samedi 20 novembre 2021

L’Agonie de Gutenberg (2) de François Coupry

François Coupry, L’Agonie de Gutenberg (2), Vilaines pensées 2018/2021, éd. FDC Livres, novembre 2021.


François Coupry, que j’ai qualifié ailleurs d’ « ogre baroque » – et il n’a pas eu l’air de tiquer au compliment – est un observateur. Il a l’œil partout, son regard acéré, assassin, ne rate rien de nos travers contemporains, et s’il se revendique d’une inspiration swiftienne dans ce qu’il appelle joliment le « prélude » du tome 2 de ses Vilaines Pensées, il est à l’évidence un analyste convaincant de la postmodernité. Voilà qui nous ramène au baroque : renversement des valeurs, entre autres. Dans un des contes de ce recueil, les ouvriers vivent dans un quartier pavillonnaire bourgeois et les ultra-riches dans des cités aux boîtes aux lettres éventrées. C’est le Carnaval. Ce que Coupry met en évidence, c’est que le carnaval contemporain ne dure pas qu’un maigre temps, il est permanent. Les chroniques de ce recueil sont aussi  politiques.

L’agonie de Gutenberg (2) a un sous-titre : « Vilaines pensées 2018/2021 ». Et un sous-sous-titre : « Journal extraordinaire, fables & paradoxes ». Nous y voilà. Le journal est extraordinaire parce qu’il ramasse les motifs ordinaires du quotidien et les passe à la moulinette d’une réalité augmentée, celle de la fiction révélatrice. Les fables ont une morale. Les paradoxes sont le substrat de la postmodernité, on en a la preuve tous les jours – on est élu sur un programme de gauche et l’on fait une politique de droite, on prône le tout-électrique mais on refuse l’énergie nucléaire, on partage en deux les chaussées pour laisser de la place aux vélocipèdes en créant des embouteillages monstres qui asphyxient les vélocipédistes et augmentent la pollution ambiante, ad libitum… Sur ces paradoxes-là, Coupry fait œuvre de moraliste, bien loin de la moraline. Mais pas seulement. Parce qu’il est avant tout un écrivain de fiction fictionnante, il nous livre ses vilaines pensées sur le mode du conte et de la fable. Et parce qu’il se revendique diariste, il prend pour figure tutélaire Kafka et son journal. Cependant, malgré toutes ces références bien ancrées dans une culture classique ou en passe de l’être, Coupry s’inscrit aussi, sans qu’il sache ou le veuille, dans la pop culture. Dans l’une des histoires qu’il nous offre dans ce tome 2 de L’Agonie de Gutenberg, intitulée « Je ne suis pas humain », le narrateur est un professeur enseignant au Centre romain des études des récits de l’imaginaire. Lors d’un de ses cours, il prend conscience qu’il a subi une métamorphose, son doigt pointé vers un étudiant dissipé est griffu et couvert d’écailles vertes, il est devenu « un être de fiction incarné », un « Martien d’opérette ». Le conte se retourne comme un gant, et l’on n’est pas loin de l’univers de J.J. Abrams – même si je doute fort que Coupry connaisse ce nom. 

Ce renversement des valeurs et cette lutte contre le moralement correct ont beaucoup à voir avec l’imaginaire de la pop culture. La force de Coupry, c’est d’inclure cette modernité – cette postmodernité – dans une histoire littéraire parfaitement balisée, loin des canons de l’imaginaire collectif contemporain. Ce n’est pas un paradoxe, paradoxalement. Coupry se situe au carrefour des courants de l’imaginaire, voilà pourquoi il faut le mettre entre toutes les mains : chaque lecteur y trouvera son compte de références et de projections.

Ce deuxième tome des Vilaines pensées court jusqu’à 2021, autant dire jusqu’à l’inimaginable : le virus. Qui l’eût cru ? Ce que nous avions dévoré et savouré sur les écrans et dans les romans apocalyptiques ou post-apocalyptiques est devenu réalité. Rien à dire : la fiction a toujours raison, on se tue à vous le marteler. La pandémie permet à Coupry un aller-retour entre les XXIe et XVIIIe siècles, dans les pages d’une savoureuse correspondance :

« 31 mars : Mon ami Piano…

Au clair de la lune, je termine ce mot que je posterai pour le dix-huitième siècle dans la gueule de ton grand chien blanc, magique boîte aux lettres.

Ici, à San Fernando, la situation sanitaire s’aggrave. Mais on miaule dans tous les postes de télévision, et sur tous réseaux hypocritement sociaux, que le monde après la pandémie […] sera meilleur et différent du monde d’avant cette COVID !

On rêve par exemple à la fin de l’obligation de travailler, de gagner coûte que coûte de l’argent, de supporter les familles, même recomposées, on rêve de la fin de la nécessité prétendument humaine de la sociabilité, de la convivialité, du vivre-ensemble, niaiseries que l’on supporterait par essence depuis des siècle, amen. »

Il faut lire ces vilaines pensées. Ce tome 2 met en relief le basculement du monde, dans sa marche lente et sa soudaine accélération. Coupry l’observateur, le cuentista, devient fictionnaire réaliste – oxymore, paradoxe !  Il faut lire François Coupry. Nous sommes, nous, frères humains, tout entiers présents dans ces vilaines pensées. Des pensées pas si vilaines que ça : moralement incorrectes – ça, ça fait du bien – et humainement fraternelles – et ça, c’est bien l’essentiel. 


dimanche 26 janvier 2020

La lune, l’étoile et le flocon de Le Minot Tiers


Le Minot Tiers, La lune, l’étoile et le flocon, éd. La ligne d’erre, janvier 2020, 199 pages.

Le dernier volet de la trilogie de Le Minot Tiers porte un titre qui a des allures d’arcanes de tarot : la lune, l’étoile, auxquelles on ajoute une pincée de légèreté éphémère et saisonnière, le flocon. C'est l'indice qu'il y a là quelque chose à déchiffrer, à décrypter. On ne divulgâche rien dans cette introduction en signalant que ces trois termes sont des métaphores de la littérature, on plutôt sont une seule métaphore de la littérature : la lune, qui par sa face cachée est symbolique du réel et de l’imaginaire ; l’étoile, dont on aperçoit encore le scintillement alors qu’elle est déjà morte est la postérité de l’écrivain ; le flocon, c’est la légèreté de l’idée qui naît, et qui, par… effet boule de neige… donne corps au roman (1)

La lune, l’étoile et le flocon peut – et doit, sans doute, en premier lieu – se lire comme un roman. Un roman d’aventure, dont la première partie se déroule en Islande alors que les volcans se réveillent et que les Islandais deviennent des réfugiés géologiques. On assiste à l’histoire d’amour entre le narrateur et une belle Islandaise qui a eu quelques conflits avec sa mère. On se réconcilie, on boit du bon vin, on revient sain et sauf en France. Dans la deuxième partie, comme Le Minot Tiers nous y a déjà habitué avec les deux premiers volets de la trilogie, les rôles et les noms des personnages sont redistribués dans une danse effrénée qui change la donne romanesque mais ouvre sur d’autres perspectives, celles de la réflexion sur le roman et l’imaginaire.

Le Minot Tiers, de son vrai nom Lionel Dupuy, enseigne l’histoire et la géographie en occitan – ce qui, personnellement, me ravit, et ce qui nous vaut quelques tirades en béarnais, « qu’ès sus la bona via » par exemple, qui signifie « tu es sur la bonne voie », et sur la bonne voie, nous y allons, donc. L’éruption du volcan islandais fait référence au Voyage au centre de la terre de Jules Verne, auteur auquel Lionel Dupuy a consacré quelques recherches universitaires. Dans le Voyage vernien, le romancier-chercheur voit une métaphore, là aussi, de la littérature : descendre au plus profond, observer l’inconnu, chercher la sortie – i.e. explorer toutes les possibilités de l’intrigue – et finalement jaillir du cratère, et créer. Dans la deuxième partie de La lune, l’étoile et le flocon, les références sont clairement données : on cite, par exemple, Gilbert Durand, l’auteur entre autres des Structures anthropologiques de l’imaginaire, et l’on donne l’une des définitions possibles de la littérature postmoderne. On pourrait penser que là, on est dans le dur, mais les allusions universitaires sont imbriquées dans le roman, et ça passe crème.

On peut affirmer que cette trilogie relève d’un genre hybride, celui de la recherche littéraire appliquée. Comment mettre en roman les théories ? Comment prouver, par le texte lui-même, que la théorie tient debout ? Il s’agit d’entreprendre le chemin de retour : avoir analysé en amont les textes des autres auteurs, en avoir tiré des théories, avoir lu les théories adjacentes, et mettre tout cela en mots vivants, sans l’attirail universitaire. C’est, je crois, l’entreprise dans laquelle s’est lancé Lionel Dupuy. Ça tient sur le fil, c’est assez acrobatique, mais ça résiste. Grâce, entre autres, à l’humour, et à l’usage non pas de la métaphore, mais de l’explication de la métaphore. Car il ne faut pas perdre le lecteur en route.

Lionel Dupuy est géographe, il a publié un essai – tiré de sa thèse de HDR – intitulé L’Imaginaire géographique, essai de géographie littéraire, dans lequel il s’intéresse particulièrement à Proust, Gracq et Carpentier. Autant dire que, lorsqu’il passe au roman, à la mise en forme romanesque, il a bien bûché son sujet. Dans la trilogie, la référence à la géographie de l’imaginaire est intriquée dans l’exploration tout court de l’imaginaire, qui, comme nous le savons au moins depuis les publications des membres de la Nouvelle Fiction, est un territoire à part entière. En lisant cette trilogie, j’ai beaucoup pensé à François Coupry. Sa géographie littéraire personnelle n’a que peu de frontières, on vit en Chine ou en Camargue, mais la Chine est réinventée et la Camargue indépendante, pour ne citer que ces deux exemples. Et la géographie littéraire – et imaginaire – de Coupry ne se limite pas à l’espace, elle épouse aussi les courbes du temps, elle explore les souterrains de l’histoire.

Avec la trilogie de Le Minot Tiers, nous pénétrons dans un territoire dont les frontières sont limitrophes du continent néo-fictionnel, et dont les rivages ouvrent sur l’océan de la recherche universitaire. Voilà une hybridation courageuse, une entreprise littéraire vraiment intéressante. Quel que soit le niveau de lecture que l’on adopte, la déstabilisation est au rendez-vous, et c’est bien ce que réclame le lecteur – la lectrice –, non ? Être surpris, secoué, bousculé.

*
Notes

1 – Georges-Olivier Châteaureynaud a théorisé et métaphorisé la différence entre la nouvelle et le roman selon la même image : la nouvelle, c’est le petit grain de sable dans l’huître qui devient perle, alors que le roman, c’est le flocon de neige qui dévale la pente, et qui grossit, grossit, grossit, jusqu’à devenir une énorme boule.

*
Lire mon article sur le premier volet de la trilogie

*
Pour se procurer le roman, et la trilogie, voir sur le site de la maison d’édition La ligne d’erre


samedi 29 décembre 2018

Merveilles de François Coupry


François Coupry, Merveilles, cinq contes illustrés par Cyril Delmote, éd. PGDR et FCD Livres, novembre 2018, 580 pages.



La bibliographie de François Coupry est impressionnante, autant par le nombre de textes publiés que par les univers explorés. Encore que, pour ce qui est « des » univers, ils peuvent se réduire à un seul, immense si ce n’est infini : celui de la fiction. La fiction selon Coupry déborde tous les cadres. Si le point d’entrée, la plupart du temps crypté, est autobiographique, l’itinéraire qu’emprunte ensuite l’histoire est une odyssée de l’imaginaire, un imaginaire personnel, malaxé, puis lancé comme un astre dans des galaxies littéraires revisitées.

Chez Coupry, on va du microcosme au macrocosme, du masculin au féminin, de l’enfance à l’immortalité. On est en science-fiction, parfois. On explore des Camargue dystopiques sur fond de guerre mondiale. On entend rire Jésus face à Ponce Pilate, et se taire les mouettes sur une île où elles devraient crier. On est dans la prose, mais tout se passe, toujours, comme sur la scène d’un théâtre. Le lecteur est spectateur, et devient, sur l’invitation de l’auteur démiurge, acteur du texte qu’il lit. Les livres de François Coupry forment un tout cohérent et paradoxal. Le paradoxe, d’ailleurs, il le revendique depuis les débuts.

Le recueil Merveilles reprend cinq de ce que Coupry nomme ses Contes paradoxaux. Sous cinq appellations déclinées : conte amoral, conte héroïque, conte théâtral, conte cosmogonique, conte d’anticipation. On l’aura compris, le mot « conte » est apparié à un adjectif définissant une catégorie littéraire bien précise : l’association, chaque fois, surprend et est avérée. Oui, on peut écrire un conte théâtral.

Ce conte-là, le « théâtral » s’intitule Le Fils du concierge de l’Opéra. Avant de devenir un « conte » dans le recueil Merveilles, ce texte était un roman, publié en 1992 chez Gallimard, et qui a reçu le grand prix de l’Imaginaire. C’est par ce texte que j’ai découvert François Coupry, et j’ai découvert un monde. Le retrouver sous l’appellation « conte » me semble, aujourd’hui, une évidence. Oui, l’histoire du petit garçon orphelin de mère, confiné dans le théâtre sur lequel veille son père, père qui, à la question de son fils « Le monde ? C’est quoi le monde ? » répond « Le monde extérieur, réel, celui qui se trouve peut-être au-delà des murs de l’Opéra » est un conte. Il naît de ce « peut-être » dans la réponse du père. Il en a toutes les caractéristiques morphologiques proppiennes. Il en a, aussi, toutes les qualités visuelles : voilà un texte en rouge et or – les couleurs du théâtre. Le conte suppose une trajectoire, des obstacles surmontés, des surprises, sans temps mort. Et une bonne dose de peur mâtinée d’émerveillement, ou vice-versa. Pour le merveilleux, il est explicité en un raccourci épatant : « Aujourd’hui, rien d’extraordinaire, rien que le train-train du merveilleux. » Voilà ce que note le petit narrateur dans son grand registre, lorsqu’il se retrouve tout à fait orphelin. L’extraordinaire n’est pas le merveilleux. Choisir de bâtir une histoire autour d’un petit garçon qui passe sa vie dans un théâtre est une sorte de profession de foi :

« - Nous sommes dans une prison.
- Jamais personne n’est sorti de l’opéra. On y naît, on y rêve, on y meurt.
- Pourtant, un monde existe, à l’extérieur de notre maison, j’en suis sûr.
- Oui, les chiens, les oiseaux, et la vraie mer, et les vraies montagnes, et l’herbe vraie, et la neige…
- Valentine, tentons de partir, tous les deux.
- C’est inutile, impossible. Ce ne sont que des songes d’enfant. »

Le monde imaginaire, dans les fictions de François Coupry, n’est pas le reflet du monde, il est le monde. Une sorte de baroquisme au carré. Le Fils du concierge de l’Opéra est placé au centre des cinq contes de ce recueil, comme une indication de lecture. Les quatre autres textes explorent, chacun à sa façon, des possibilités autres de la perception de la réalité. Changement de narrateur ou narrateur changeant, microbes discutant et se disputant dans un corps, figure revisitée de Ponce Pilate après Boulgakov, Chine d’anticipation sur fond d’éternel féminin… Voilà cinq textes représentatifs de l’œuvre coupryenne dans son ensemble, magnifiquement illustrés par Cyril Delmote. Le dessin de la page 217 – pour Le Fils du concierge de l’Opéra, texte auquel je reviens toujours, décidément… – est d’une justesse bouleversante : une vue en plongée ; des fils tombant des cintres et descendant au plus profond d’une fosse de théâtre ; au bout des fils, un amas de cercueils ; deux enfants penchés sur une balustrade et regardant au fond de la fosse.

La fiction nous est indispensable, au moins pour deux raisons : le monde n’est pas conforme, il faut le remodeler ; la mort est inacceptable, il faut remédier à cela. François Coupry s’y emploie, avec constance et talent.