Laurent Nunez, Mots de passe, éd. Rivages, septembre 2026, 176 p.
Regardons, par exemple, du coté du yiddish. Le mot choisi est « tchotchke », dont la définition - pour nous, donc, la périphrase - est « objet sans valeur marchande, mais d’une grande importance pour son propriétaire ». Des objets de cette sorte, nos boîtes à trésors en sont remplies - j’espère que vous avez une boîte à trésor ! - : le porte-clé offert par le concessionnaire chez qui l’on a acheté sa première voiture, une petite peluche gagnée à la fête foraine, un billet de concert… ce peut être n’importe quoi, inutile et indispensable. Ce sont des déclencheurs de souvenirs. Pour illustrer le mot, Nunez choisit une scène de Citizen Kane. Et poursuit son exploration du mot en lui trouvant un synonyme dans la saga Harry Potter : « un horcruxe est un objet dans lequel une personne a caché une partie de son âme ».
Cet exemple est un modèle de ce que Nunez poursuit. Ce qu’il cherche, dans les vocabulaires étrangers, c’est l’émotion. Et cette émotion, elle n’est, justement, pas étrangère du tout. Elle est universelle. Les manques d’une langue, d’un lexique, sont comblés par d’autres qui nous ressemblent, qui sont nos semblables. Là est sans doute la part merveilleuse et salutaire de la quête du chercheur. Car Nunez est un chercheur, un fureteur, un dénicheur, un découvreur. Et ce qu’il nous donne en partage, c’est ce que nous sommes.
S’appuyant sur nos émotions et nos expériences, puisant au fonds culturel commun - littérature, philosophie, poésie, cinéma… - Laurent Nunez démontre, avec une sensibilité salutaire, que l’humanité est une, dispersée dans une Babel à déchiffrer.

